9ème titre publié : LUDIVINE ET LE GRAND I

 
 



LUDIVINE ET LE GRAND I, Editions les Trois Orangers, 2008. 

"Jenny avait l'impression d'avoir grandi à bord d'un énorme navire, sans jamais avoir vu, et encore moins compris, la salle des machines." (John Irving, le monde selon Garp).


                                


 

Ce roman n'est pas publié dans une collection jeunesse. Aux Trois Orangers, on n'est pas trop pour la segmentation à tout prix en sous-marchés, du genre "à lire de 10 ans trois quarts à 12 ans et 8 mois", on préfère publier des livres pour êtres humains et "faire confiance au lecteur". 
Nous avons travaillé ensemble, Olivier Gillissen et moi, comme jamais je n'avais vu travailler sur un livre. Travailler sous le regard d'un orfèvre comme Olivier est une expérience marquante. C'est plus que de l'attention au texte, c'est un grand voyage. Résultat : le texte originel a glissé vers un style et une écriture un peu plus "adulte". 
Néanmoins, le personnage central est une préadolescente et bien que le récit soit au "Il" (plutôt au "Elle" en l'occurence), ce sont ses préoccupations et son itinéraire qui dominent. 

L'avantage de ce parti-pris : la sensation d'avoir écrit et publié autre chose qu'à l'habitude. Un livre qui se veut à cheval, saute-frontières, à plusieurs angles de vue et de vie. Une sensation très agréable pour un auteur, que son texte couvre un large territoire.

L'inconvénient : Dans des salons, quand on me demande (surtout au début), "c'est pour qui ?" (sous entendu "quelle tranche d'âge ?"), j'ai comme un flottement, car la petite case n'est pas aisée à cocher. D'un autre côté, cette sensation d'être "un grain de sable dans la machine" est très agréable.
J'aime faire, en réponse, un (éhonté) parallèle avec "le voyage de Chihiro" de Miyzaki, dans le sens où le grand créateur japonais explique lui-même que Chihiro a dix ans, mais que son histoire résonne en tout être humain, un peu comme le petit Marcel Pagnol de "la gloire de mon père" ou "le château de ma mère". À mon modeste niveau, la démarche est la même. 

Le voyage de Ludivine est donc l'itinéraire d'une enfant pas gâtée, excessive, théatrale et prenante, comme la musique de Muse, pas martyre non plus, mais assez flottante, avec des vraies accidents de vie, un petit grain comme j'aime, des rencontres hors-norme, mais toujours dans le cadre d'une vie réaliste, c'est à dire parfois décevante, parfois enthousiasmante. "Ludivine et le Grand I", c'est l'histoire d'un passage du rêve à la réalité, de subir à agir, c'est presque l'histoire d'une incarnation. 

                           
Résumé : 

Ludivine se sent entre deux eaux. Plus tout à fait enfant, pas vraiment encore ado. Pas tout à fait malheureuse, pas vraiment heureuse. Pas tout à fait fille unique, mais séparée de son grand frère qui est dans le coma à l'hopital, suite à un accident. Pas du tout négligée par sa mère, mais en manque d'un père qui est parti depuis longtemps. À quelques centaines de mètres de l'Océan, mais s'interdisant d'approcher l'eau suite à un serment. Alors, dans ces cas-là, souvent, on rêve. On rêve fort. L'élément le plus stable, c'est encore l'arbre, le bouleau, le Grand I. Et bizarrement, l'autre élément le plus stable, ce sera Léo, le vagabond, le "Lonesome Piéton",  qui habite un ancien blockaus, sur la plage.
Ce sont lui et Johann dit Fonzie, garçon-blockhaus, ami-mur, amour-coquille, qui vont la décider à passer du rêve à la réalité, à arrêter de s'asseoir au bord de l'eau et imaginer une autre vie. La vie, c'est ici. La vie, c'est maintenant. Pendant que l'action progresse, une tempête monte. Le vent souffle à l'extérieur... et à l'intérieur aussi. Quand elle aura compris tout ça, plus rien n'arrêtera Ludivine, elle en fera même un peu trop. Et la petite Ludi deviendra le grand L. 


Un extrait :

"Elle presse le pas vers l'arrêt de bus. Loin sur sa droite, des chats se battent. Elle dépasse les petites maisons voisines en se demandant combien de gens il y a derrière chaque porte. Elle se sent de l'autre côté. Libre. Comme Léo et Panachou. Elle est habillée d'un petit haut rouge qui flashe et d'un jean noir, pour que les deux réunis lui donnent l'apparence d'une flamme qui sort de l'ombre". 


Le plus joli dans tout ça 

Le plus joli dans tout ça, c'est Mathilde. Jeune fan de la première heure de Ludivine, bien bien avant que le texte soit pubiié, quand il était seulement à l'état de manuscrit même pas bien travaillé. Elle a su voir l'or dans le plomb et au lieu de me sortir une ribambelle de compliments et de flatteries, elle m'a dit notamment, avec force, conviction et spontanéité "Ludivine, c'est moi". J'ai trouvé cette phrase sublime, à la limite de l'impact d'un satori zen. Cest sûrement en bonne partie grâce à Mathilde que je n'ai pas abandonné Ludivine et que le livre a fini par paraître. 


 

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