1er titre publié : RENDEZ-VOUS AU COLLÈGE


"Nos différences se ressemblent" (Etienne Daho).

RENDEZ-VOUS AU COLLÈGE, Editions Rageot, collection Cascade, 1995.
Prix Korrigan 1995.

 Au départ, ce n'était pas mon titre. Mais Rageot, l'éditeur, était le premier qui m'avait fait confiance. Ce n'était pas rien, pour un inconnu total, de se faire appeler par Caroline Westberg, la directrice littéraire. Puis, il y avait une véritable attention au texte, sourcilleuse mais réellement attentive, que je n'ai pas toujours retrouvée ailleurs par la suite. Le manuscrit que j'ai envoyé était bourré de fautes, de longueurs, un exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire, un vrai cas d'école. Pourtant, ils ont su y voir un livre possible et c'est grâce à cela que tout à commencé pour moi. Je l'ai corrigé avec plaisir (je prends du plaisir à corriger, ciseler, arranger,  je peux même dire que c'est plutôt les éditeurs qui m'arrêtent que le contraire) et il est devenu potable, montrable, publiable. Alors, quand Caroline m'a dit que mon titre "Les mains de septembre" était bien joli et poétique, mais qu'il était anti-vendeur au possible, j'ai accepté qu'ils mettent le leur, cette maison d'édition m'inspirait confiance, à raison. Et j'ai appris à l'aimer, ce titre, il est simple et direct et il plaisait vraiment aux enfants-lecteurs (j'ai entendu répéter ce titre plusieurs fois des années après,comme un souvenir cher, par des jeunes lectrices devenues lycéennes ou même étudiantes). Je me suis d'ailleurs amusé à mettre en scène Carole et Yann devenus adultes dans une nouvelle :-)

Rendez-vous au collège révèle déjà plusieurs manies de ma part.
- D'abord, la narration alternée. J'adore ça. J'en use et j'en abuse. L'aller-retour entre deux narrateurs me donne beaucoup de plaisir, et même me comble. J'y trouve une troisième dimension du récit. Si je m'écoutais, j'écrirais la plupart de mes romans comme ça. Et alors là, deux narrateurs sur deux époques différentes, c'est pour moi comme une mousse au chocolat noir ou une chanson d'Aretha Franklin. 
- Le roman est enraciné dans une région qui m'est très chère, je dirais même un pays : la Bretagne. J'aime l'idée qu'un livre est de quelque part. 
- La narratrice fille joue un rôle moteur. J'aime les héroïnes, je crois aux filles. Souvent, dans mes livres, elles emmènent le héros vers ce qu'il est, elles le révèlent. Chez moi, les filles sont les alchimistes, les alchiMiss, qui changent le plomb en or.

Le résumé du livre :  Carole et Yann vont rentrer dans le même collège, à Auray, dans le Morbihan. C'est le grand saut, du primaire vers le secondaire, avec des habitudes différentes. Ces deux petits bretons sont très différents l'un de l'autre mais ils vont s'adapter ensemble. Carole est d'une famille un peu artiste, elle a même carrément un petit grain. Yann lui, est plus réservé de nature, sa mère a des difficultés, elle a d'ailleurs fait des bêtises et déprime. Ils se rencontrent, se jaugent, se découvrent, j'allais dire "se flairent". Ils apprennent à se connaître et à s'aimer, sur fond de vie complexe (mes histoires sont des histoires de leur temps, et même si elles sont souvent poétiques, demeurent assez réalistes, avec peu de lignes droites mais plutôt des côtes découpées, comme la Bretagne).


                             

Un extrait (à venir) :  

"Ma grand-mère ajuste sa coiffe et remonte le col de son blouson de cuir. Elle éclate de rire devant les yeux ronds des touristes de septembre. Sur la place de Locmariaquer, devant le manège d'où on voit la mer, ils sont une dizaine à faire un cercle autour d'elle. Ils doivent croire que c'est un spectacle. (...) Il faut la voir ma grand-mère, avec sa coiffe et son blouson de cuir trop petit pour ses quatre-vingt-douze kilos. On se regarde en silence. Autour de nous, les pièces jetées par les touristes flambent sous le soleil de midi. Elles nous font une couronne"


Ce que je préfère : la douceur fermée et la douceur ouverte de Carole et Yann sont assez bien rendues, ainsi que leur découverte l'un de l'autre. Avoir rattaché l'histoire à une terre. Le personnage de mémé le Goff.

Si c'était à refaire : Je donnerai un peu plus d'unité à l'histoire, qui à un moment s'éparpille un peu. Je creuserai un peu plus le caractère des parents de Carole et Yann. Je réfléchirai au passage des abeilles, est-il indispensable, je ne sais pas.


Le plus joli dans tout ça ?  
Je connaissais à l'époque très bien une classe de CM2, en Normandie. À un moment, dans le roman, Carole a une sculpture de tortue dans son sac à dos, au premier jour de sa rentrée en 6eme. Quand mes jeunes amis normands ont fait le grand saut vers le collège, ils ont tous fait comme mon héroïne, ils ont façonné, plié, des tortues en plusieurs matières et ont fait leur rentrée avec une tortue dans leur sac à dos. Un geste plus que beau, longtemps après, les mots me manquent toujours.